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Antoine-François Rodier : « On a cherché à s’intégrer au contexte local »

Rencontre avec Antoine-François Rodier, architecte en charge du projet Les Jardins d’Edouard Knecht L’Isle-Adam (95), achevé en 2014.

On parle ici d’un ensemble où 86 lots ont été commercialisés. Un nouveau quartier au cœur de cette commune du Val d’Oise de 12 000 habitants, à vingt-cinq kilomètres seulement des portes de Paris mais déjà un peu à la campagne !

L’objectif a été le maintien des arbres d’un parc centenaire, l’intégration des bâtiments sociaux et la restructuration de la ruelle Knecht par la création d’une placette avec fontaine. « L’architecture a été pensée pour respecter l’urbanisme de la ville en mêlant des matériaux nobles tels que la pierre de taille, la pierre de meulière et l’ardoise », détaille-t-on chez le promoteur Verrecchia.

L’architecte du projet, Antoine-François Rodier, était alors, au début de la décennie, l’architecte de référence pour la ville de l’Isle-Adam. « Le maire considérait qu’on avait trouvé un style architectural qui convenait à la ville », se rappelle-t-il, dans un secteur préservé du modernisme à outrance, où l’empreinte de l’histoire est encore bien visible.

Quelles ont été vos inspirations pour Les Jardins d’Edouard Knecht à l’Isle Adam ?

Antoine-François Rodier : J’avais repéré cette espèce de voie piétonne (la ruelle Knecht, ndlr), qui traversait tout le terrain avec une fonction essentielle, celle de permettre aux piétons d’aller du centre-ville au centre commercial. On a donc décidé de la garder et d’organiser notre plan masse autour d’elle.

Nous avons ensuite suivi nos propres inspirations, à savoir des immeubles collectifs d’une hauteur assez faible et parfaitement intégrés au reste de l’architecture de la ville.
Comme nous étions dans un secteur à caractère historique, on nous a demandé des toitures et une architecture un peu traditionnelle, avec une certaine qualité de matériaux. On a cherché à s’intégrer au contexte local.

Quels sont les avantages et les contraintes à travailler avec de la pierre de taille ?

A.-F.R. : C’est un matériau qui n’a pas plus de contraintes qu’un autre et que les gens apprécient. Quand j’ai débuté ma carrière, dans le Nord, je construisais avec de la brique, pour s’intégrer à ce qui existait. La pierre n’est venue qu’après, à l’occasion d’un concours en Île-de-France où on nous a demandé de l’utiliser.

Même s’il n’y a pas de contrainte particulière, la pierre et le béton, par exemple, n’ont pas les mêmes propriétés techniques. Avec de la pierre porteuse, on ne peut pas faire d’immeubles de trente étages.

Quelque part tant mieux car, neuf fois sur dix, ce que l’on nous demande, c’est de « faire du Paris », justement avec de la pierre.

Est-il difficile de mêler architecture et contraintes « nouvelles » pour les bâtiments (économies d’énergie, adaptation aux nouvelles technologies…) ?

A.-F.R. : Il y a trop de normes. Le droit de l’environnement, par exemple, bouge sans arrêt. La réglementation sur l’accès des logements aux personnes handicapées change elle aussi tout le temps.

Si le logement coûte, en Allemagne, moitié moins cher à construire qu’en France, ce n’est pas qu’en raison d’une spéculation plus ou moins important, c’est aussi à cause des règlements beaucoup plus nombreux chez nous.

En Allemagne, par exemple, il n’y a que le rez-de-chaussée qui doit être adapté aux handicapés. En France, il le faut même pour les logements en étage…

Sur l’économie d’énergie aussi, il y a trop de contraintes techniques. La plupart de ces normes sont bonnes, mais certaines viennent en contradictions avec d’autres, car il y en a de nouvelles tous les ans. Chaque année, on achète des bouquins sur la réglementation…

Qu’est-ce qui est le plus important à définir lorsqu’on construit un bâtiment ?

A.-F.R. : Sa forme, le respect du programme et son architecture, car c’est notre boulot.

Mais à quoi l’architecte pense-t-il d’abord : à l’esthétique ou à l’ergonomie de son bâtiment ?

A.-F.R. : On commence d’abord par le programme, car il y a toujours un rapport entre le programme et le prix final. Un promoteur achète un terrain qui fait tant de mètres carrés, il faut donc arriver à concevoir une forme, un produit qui arrive à optimiser le prix du terrain.
Maintenant, il n’y a pas de préférence à avoir entre les deux. On ne peut pas faire quelque chose qui ne soit pas esthétique et le promoteur est lui aussi un professionnel, qui va chercher, forcément, à faire quelque chose de pratique.

A quoi ressemblera le bâtiment de demain ?

A.-F.R. : Il est difficile de répondre à cette question. Va-t-on vers plus de constructions en hauteur ? Personnellement, je suis plutôt contre, mais ce n’est pas impossible qu’on aille dans ce sens-là…

 

 

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