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Bruno Storai : « Pas d’idée préconçue du bâtiment »

Rencontre avec l’architecte Bruno Storai, à l’origine du projet Quai 30 au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne). 

L’Atelier de Bruno Storai est basé au Perreux-sur-Marne, cette commune du Val-de-Marne que l’on surnomme « la perle de l’Est parisien ».

L’architecte est d’ailleurs né ici, il y a soixante ans, et connaît la ville comme sa poche. Il y est à l’origine de plusieurs réalisations (petits équipements de la ville, équipements sportifs…) dont le projet Quai 30, situé quai de l’Argonne, sur les bords de Marne.

C’est le septième projet que cet ancien membre de l’Equipe de France juniors de tennis mène avec Verrecchia. « Quai 30 est un programme phare car il est situé sur un lieu assez privilégié, en bord de Marne, explique-il. L’endroit est aussi assez stratégique puisqu’implanté sur une ancienne blanchisserie industrielle ».

L’entrepôt désaffecté faisait tâche au bord de l’eau. « On a donc regardé avec Verrecchia pour mettre en place un projet qui soit à l’échelle du quartier et non quelque chose à l’ampleur démentielle », poursuit-il.

Bruno Storai revient en détail sur le projet Quai 30 et sa vision de l’évolution de l’architecture dans les années à venir :

Quelle a été votre inspiration pour Quai 30 ?

Bruno Storai : Le bâtiment fait un angle : dans une branche du L on trouve un bâtiment d’habitation relativement classique ; dans l’autre, on a développé trois plots avec l’idée qu’ils ressemblent à trois énormes duplex, dans l’esprit d’ateliers d’artistes.

La desserte de chaque plot est particulière : elle se fait par des coursives extérieures qui donnent sur l’arrière du bâtiment, pour un effet aérien et assez léger, qui permet d’avoir quelque chose d’atypique.

Au niveau architectural, on a cherché quelque chose qui ressemble à un atelier d’artistes, avec l’emploi de beaucoup de briques et de baies vitrées, pour un produit un peu « branché ».

Est-il difficile de mêler architecture et contraintes « nouvelles » pour les bâtiments (économies d’énergie, adaptation aux nouvelles technologies…) ?

B.S. : Clairement. Cela va parfois nous obliger à consacrer moins de temps à l’esthétique du bâtiment car on sera davantage occupé au respect des normes (thermiques, acoustiques, accès handicapés…).

Il n’est pas question de remettre en cause leur bien-fondé, simplement cela peut conduire à des constructions plus normées donc moins originales et qui auront tendance à se ressembler. Les normes thermiques, par exemple, exigent des bâtiments assez compacts, d’autres des plans un peu stéréotypés…

Tout cela a aussi des avantages : le respect de ces normes débouche sur des bâtiments hyper bien isolés, où le chauffage coûtera bien moins cher que dans une construction des années 1970.

Comment l’urbanisme peut-il s’adapter à l’évolution de nos modes de vie ?

B.S. : La question est surtout de savoir si les gens vont être capables de s’adapter à un nouvel urbanisme… En France, on reste très traditionnels dans la manière d’appréhender l’habitation, avec un sens de la propriété différent des anglo-saxons.

Le stéréotype du petit pavillon bien clôturé reste très présent ici, ce qui contraint les choses urbanistiquement parlant.

L’urbanisme va fatalement évoluer. La logique voudrait que l’on aille vers des constructions plus hautes, comme on a moins de terrains disponibles, mais ce n’est pas vraiment dans l’esprit français. Il n’est d’ailleurs pas complètement ouvert à l’innovation, mais les mentalités peuvent évoluer vite. La génération actuelle des 20-30 ans a peut-être une vision des choses plus neuve.

L’architecte pense d’abord à quoi : l’esthétique ou l’ergonomie d’un bâtiment ?

B.S. : Pour ma part, je fais très attention à ce que les logements soient confortables. Je viens d’une formation (UP1) où, contrairement à d’autres très axées sur le dessin, on était dans une démarche sociale.

Je réfléchis donc d’abord en plan, sans idée préconçue du bâtiment. L’expression du bâtiment viendra ensuite mais ce n’est pas quelque chose qui m’obsède. J’ai la volonté, simplement, de faire quelque chose d’élégant dans lequel j’aurais moi-même envie d’habiter.

Qu’est-ce qui est le plus important à définir lorsqu’on construit un bâtiment ?

B.S. : L’essentiel est que les gens s’y sentent bien. Que lorsque vous les croisez, ils vous rapportent que quand ils ont des invités, ils leurs disent que l’immeuble et l’appartement sont beaux… C’est plus important que le côté « novateur ».

Ensuite, si on peut laisser une empreinte dans la ville et que le bâtiment soit un peu remarquable…!

Quels ont été les avantages et les contraintes à travailler avec de la pierre de taille ?

La pierre de taille, d’abord, évoque des bâtiments qui ont une certaine élégance.

Le gros avantage est qu’il s’agit d’un matériau noble et pérenne. Vous avez du bâti en pierre de taille, à Paris, qui n’a pas bougé depuis 300 ou 400 ans…

C’est un matériau naturel que j’aime bien marier avec la brique, car cela donne un côté varié tout en restant élégant. La seule contrainte est liée aux normes thermiques : il a fallu un peu lutter au début pour adapter les ponts thermiques à la pierre.

Comment l’architecte peut-il contribuer à favoriser la mixité sociale en ville ?

B.S. : Ma volonté est de faire des logements sociaux qui ne sont pas identifiables en tant que tels.

L’idéal, pour moi, est de construire des logements sociaux et de l’accession à la propriété dans le même bâtiment, avec deux cages d’escalier si possible. Pas pour les séparer mais parce que ça simplifie la gestion du bailleur social et du syndic, chacun est libre de faire deux halls ou deux cages d’escalier selon son propre cahier des charges.

A quoi ressemblera le bâtiment de demain ?

B.S. : On voit des projets de toutes sortes, mais la logique voudrait encore une fois qu’on aille vers des bâtiments plus hauts, plus écologiques, qui intègrent cette partie de vert que l’on ne retrouve pas au sol car on a pris du terrain pour bâtir.

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